À l’origine, le téorbe était une adaptation du luth, un ancien instrument à cordes pincées. Pour obtenir un son fort et brillant, les luthistes ont modifié le dispositif de musique en le réaccordant. Cependant, les cordes les plus aiguës se cassaient souvent suite à la tension élevée à laquelle elles sont soumises. Ainsi, ils les ont remplacées par des modèles épais accordés une octave plus bas.
Cet instrument conserve les cordes doubles du luth. Au XVIIe siècle, deux types ont été créés, notamment le téorbe de Padoue et le modèle romain.
Au XVIIIe siècle, en France, le théorbe d’accompagnement, un dispositif musical très imposant, était particulièrement plébiscité. Au cours des siècles suivants, il est tombé dans l’oubli. Au XXe siècle, cet instrument à cordes a été redécouvert par des musiciens et des chercheurs passionnés par la musique ancienne. Grâce à leurs efforts, il a connu une renaissance, retrouvant sa place dans les ensembles de musique baroque et les interprétations historiquement informées.
Description du théorbe
Le théorbe mesure jusqu’à deux mètres de longueur. Il se caractérise par son timbre particulier, profond et harmoniquement riche. Cet instrument est équipé de deux ensembles de cordes distincts : le petit et le grand jeu.
Le petit jeu
Le petit jeu, habituellement destiné au répertoire du luth, comprend six cordes doubles ou simples (fines et longues) en boyau. Elles sont fixées au premier chevillier et passent au-dessus de la touche. Ces accessoires permettent d’ajuster la hauteur des notes en appuyant sur les frettes avec les doigts de la main gauche. Une particularité distinctive du téorbe est son accord rentrant, où les cordes 1 et 2 sont accordées plus bas que la corde 3.
Le grand jeu
Le grand jeu du théorbe représente le registre le plus grave. Il est composé de huit cordes simples en boyau, fixées sur le second chevillier et qui ne passent pas au-dessus de la touche. Cela signifie qu’elles sont jouées à vide. Ces cordes produisent un timbre plus riche et leur résonance est prolongée, ce qui contribue à soutenir l’harmonie. Elles sont accordées de manière diatonique et leur accord peut être ajusté en fonction de la tonalité employée.
Place du théorbe dans la culture
Le théorbe était largement utilisé comme instrument d’accompagnement dans la musique baroque. Il a contribué à enrichir les textures sonores des ensembles, fournissant une basse continue et des ornements harmoniques. Dans les opéras, le téorbe était souvent présent dans les ensembles orchestraux pour soutenir les chanteurs. La présence de ce dispositif musical permet de créer des harmonies riches et complexes. Il accompagne parfaitement le violon, le clavecin, la flûte traversière ainsi que la viole de gambe. Par ailleurs, de nombreux compositeurs ont écrit des œuvres mettant en valeur les capacités expressives du théorbe, dont les plus connus sont :
- Angelo Michele Bartolotti ;
- François Campion ;
- Bellerofonte Castaldi ;
- Lelio Colista ;
- Denis Delair ;
- Nicolas Fleury ;
- Nicolas Hotman ;
- Johannes Hieronymus Kapsberger ;
- Pietro Paolo Melii ;
- Giovanni Pittoni ;
- Alessandro Piccinini ;
- François Pinel ;
- Robert de Visée ;
- Jean-Marc Chouvel ;
- Jean-Pascal Chaigne ;
- Pascale Jakubowski ;
- Francisco Luque ;
- James Mc Millan ;
- Florentine Mulsant ;
- Benjamin Oliver ;
- Kent Olofsson ;
- Franck Yeznikian.
Le théorbe est présent dans divers projets musicaux contemporains, notamment dans le jazz. Des artistes tels que Rosemary Standley, David Chevallier et Michel Godard l’ont incorporé dans leurs compositions, avec des musiciens comme Bruno Helstroffer à la tête. Parfois, le chanteur et vocaliste Bobby McFerrin invite même un théorbiste à se joindre à lui sur scène pour des improvisations en duo.
Dans le domaine de la musique instrumentale, le contrebassiste Renaud Garcia-Fons a enregistré un album en collaboration avec la luthiste et théorbiste Claire Antonini. De même, des musiciens comme Peter Söderberg ont créé des pièces composées par des artistes contemporains. Il a enregistré une œuvre de Kali Malone, une compositrice d’origine américaine, sur le fameux album « Velocity of Sleep ».
Elizabeth Kenny, une autre luthiste et théorbiste, a également enregistré un album mettant en avant le téorbe. Celui-ci comprend des compositions de musiciens contemporains.